Alzheimer : réagir à l'agressivité, à l'errance et aux questions répétées
Votre mère vous repousse pendant la toilette, votre père veut « rentrer chez lui » alors qu'il y est, la même question revient toutes les dix minutes. Ces comportements ont presque toujours une cause, et des réponses existent qui ne passent ni par la dispute ni par le comprimé.

Votre mère vous a demandé l’heure du rendez-vous à 14 h. Puis à 14 h 10, à 14 h 20, à 14 h 25. À la sixième fois, votre voix a changé, et votre mère s’est fermée. Le soir, au moment de la toilette, elle vous a repoussée en criant que vous lui vouliez du mal. Vous êtes rentrée chez vous en vous demandant ce que vous aviez fait de travers.
Probablement rien. Ces troubles du comportement font partie de la maladie d’Alzheimer et des maladies apparentées. Ils disent quelque chose de ce que vit votre parent, et c’est par là qu’on peut les apaiser.
Ce que ces comportements essaient de dire
La Haute Autorité de santé rappelle que ces troubles ont une origine multifactorielle. Ils tiennent à la maladie elle-même, à la personne (son corps, sa personnalité) et à son environnement, y compris l’attitude de ceux qui l’entourent.
France Alzheimer le formule plus simplement. L’agressivité est souvent une réaction de peur et d’incompréhension. Elle naît de l’incertitude, de l’insatisfaction, de l’isolement, de la perte d’autonomie. La déambulation, ce besoin répété de marcher, parfois sans but apparent, exprime une angoisse que la personne ne peut plus mettre en mots. Et la question posée en boucle cache souvent une inquiétude bien réelle : celle qui demande l’heure toutes les dix minutes a peut-être peur de manquer son rendez-vous.
Tant qu’on entend un caprice, on répond par l’agacement. Quand on entend une peur, on rassure.
Avant tout, chercher une cause physique
C’est le premier réflexe que demande la HAS, avant toute autre démarche, parce que ces causes peuvent être graves et se traitent souvent vite : une douleur mal contrôlée, une constipation importante, une rétention d’urine, une infection.
Un parent qui ne peut plus dire « j’ai mal au ventre » le dit parfois en frappant la main qui l’aide à s’asseoir. La HAS cite aussi les effets indésirables des médicaments, dont le risque augmente quand l’ordonnance s’allonge, ainsi qu’un épisode dépressif ou anxieux. Elle demande aussi de vérifier l’audition et la vue.
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Regardez aussi ce qui a changé récemment : la HAS cite un déménagement, un nouvel intervenant à domicile, un conflit. Même un événement anodin peut suffire.
Les attitudes qui apaisent
La HAS recommande d’utiliser en première intention des techniques de soins et de communication adaptées, avant tout médicament. Elle en donne une liste, à adapter à chaque personne :
- éteindre la télévision ou la radio quand vous parlez ;
- vous placer face à votre parent, croiser son regard, lui prendre doucement la main ;
- faire des phrases courtes, un seul message à la fois, en vous aidant de gestes ;
- poser des questions fermées, qui se répondent par oui ou non ;
- lui laisser le temps de répondre ;
- rester détendu, souriant, et ne pas hausser la voix.
Pour les questions répétées, France Alzheimer propose de répondre à l’inquiétude plutôt qu’à la question. « Ne t’en fais pas pour l’heure, je m’en occupe. » Si cela ne suffit pas, détournez l’attention vers autre chose. Et si vous sentez la moutarde monter, passez le relais à quelqu’un d’autre ou sortez quelques minutes de la pièce.
Face à la colère, France Alzheimer conseille de garder son calme et de ne pas le prendre personnellement. Montrez à votre parent que vous avez compris ce qu’il ressent, puis changez de sujet ou de pièce, vers un endroit plus calme. Quand l’agressivité est déclenchée par votre présence, la HAS recommande simplement de laisser la personne se calmer.
La HAS conseille aussi de proposer une activité qui a du sens : plier le linge pour une déambulation qui dérange, de la musique ou l’album de famille pour une agitation. Et de laisser faire ce qui ne dérange pas, tant que ce n’est pas dangereux.
Ce qu’il vaut mieux éviter
Avoir raison. France Alzheimer recommande de ne pas chercher à prouver à la personne qu’elle a tort, et la HAS de ne pas la raisonner. « Tu me l’as déjà demandé cinq fois » ne lui rendra pas la mémoire.
Insister. Si votre parent refuse la douche, ne l’obligez pas. La HAS conseille de changer de sujet et de réessayer plus tard.
Répondre à l’agressivité par l’agressivité. C’est humain, et cela fait monter la tension des deux côtés.
Le mettre à l’épreuve. France Alzheimer met en garde contre les reproches du type « comment peux-tu oublier le prénom de ton petit-fils ? ». Mieux vaut accueillir l’émotion que tester la mémoire.
La HAS recommande enfin de ne pas recourir à la contention physique à domicile, en dehors d’une urgence exceptionnelle.
Sécuriser contre la fugue
La déambulation devient dangereuse quand votre parent sort seul et se perd. La Fondation Vaincre Alzheimer et France Alzheimer proposent des mesures concrètes :
- un espace dégagé où il peut marcher sans risque, sans tapis ni petits meubles qui font trébucher ;
- des promenades accompagnées régulières, qui répondent au besoin de bouger ;
- des verrous sur les portes extérieures, et les clés rangées hors de sa vue ;
- une alarme ou une simple clochette sur la porte d’entrée ;
- un bracelet ou une étiquette dans les vêtements, avec son nom et un numéro à appeler ;
- les voisins et les commerçants du quartier prévenus, avec un double des clés confié à une personne de confiance.
Préparez une photo récente et une description (taille, signes particuliers, informations médicales). Pour le reste du logement, voyez nos aménagements à petit prix. En cas de disparition, la Fondation Vaincre Alzheimer conseille de prévenir immédiatement la police, sans attendre.
Quand en parler au médecin
Parlez au médecin traitant de tout trouble du comportement nouveau ou qui s’aggrave : c’est lui qui recherchera une cause physique ou médicamenteuse. Notez avant le rendez-vous quand le trouble est apparu, à quels moments il survient et ce qui le précède.
La HAS recommande un avis spécialisé (gériatre, neurologue, psychiatre, psychologue) quand le comportement devient difficile à gérer, risque de s’aggraver vite ou met en danger votre parent ou son entourage. Elle prévoit une hospitalisation quand la situation ne peut plus être gérée en sécurité à la maison.
Sur les médicaments, la HAS est claire : les psychotropes ne sont pas recommandés en première intention, sans évaluation, face à une opposition, à des cris ou à une déambulation. Si un traitement vous semble nécessaire, ou si celui de votre parent vous inquiète, c’est une discussion à avoir avec son médecin.
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Ne pas rester seul face à ces troubles
La HAS le dit en toutes lettres : les aidants ne doivent pas rester seuls face aux problèmes de la maladie.
France Alzheimer, par ses associations départementales, propose une formation gratuite pour les proches aidants. Elle compte généralement cinq à six séances, quatorze heures au total, en petit groupe, animées par un psychologue et un bénévole qui a lui-même été aidant. On y apprend à adapter ses attitudes et à reconnaître ses limites. Des groupes de parole et des temps de répit, les Haltes relais, prennent ensuite le relais.
Les conseils et l’information de ces plateformes sont gratuits. Certains services, comme une relève à domicile pour vous permettre de souffler, peuvent demander une participation. L’annuaire du portail pour-les-personnes-agees.gouv.fr indique la plus proche.
Si vous êtes à bout, ce n’est pas un défaut de patience, c’est le signe qu’il faut du relais : voyez les signes d’épuisement de l’aidant.
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Sources
- Maladie d'Alzheimer et maladies apparentées : prise en charge des troubles du comportement perturbateurs, Haute Autorité de santé (consulté le 7 octobre 2026)
- Comprendre les symptômes d'Alzheimer pour mieux faire face, France Alzheimer (consulté le 7 octobre 2026)
- Alzheimer : gérer la déambulation, Fondation Vaincre Alzheimer (consulté le 7 octobre 2026)
- Les plateformes d'accompagnement et de répit, Pour les personnes âgées, portail national (consulté le 7 octobre 2026)
- La formation des aidants, France Alzheimer (consulté le 7 octobre 2026)



