L'APA à domicile : le GIR, les montants, le dossier et les délais
Tout le monde vous parle de l'APA, personne ne vous dit comment elle marche. Voici le parcours complet, dans l'ordre où il se déroule, avec les montants de 2026 et les délais que le département doit tenir.

Le sigle revient dans toutes les conversations. À la sortie du cabinet médical, au téléphone avec votre frère, sur les forums que vous lisez à 23 h en pyjama. L’APA. Tout le monde vous dit d’en faire la demande et personne ne vous explique ce que c’est, combien ça représente, ni pourquoi le dossier de votre voisine a mis quatre mois.
L’allocation personnalisée d’autonomie est versée par le conseil départemental aux personnes de 60 ans et plus qui vivent en France de façon stable et qui ont perdu de l’autonomie. Elle n’est pas un revenu. C’est une enveloppe fléchée, attachée à un plan précis, qui paie des heures et du matériel.
Et elle se joue presque entièrement lors d’une visite d’une heure à domicile. Voilà pourquoi ce qui suit commence par là.
Ce que l’APA paie
Elle finance ce qui permet de rester chez soi : les heures d’aide à domicile, le matériel et les protections d’incontinence, le portage de repas, l’abonnement de téléassistance, des aménagements du logement, un accueil de jour ou temporaire, et parfois des frais de transport.
Elle ne paie pas le loyer, ni les médicaments, ni les soins infirmiers, qui relèvent de l’assurance maladie. Elle ne paie pas non plus les heures faites par un enfant : votre conjoint, votre concubin ou votre partenaire de Pacs ne peut pas être salarié du plan d’aide de votre parent, contrairement à un fils ou une fille, qui le peut.
Deux choses en découlent, et elles surprennent souvent.
D’abord, l’APA est un droit universel. Il n’y a pas de plafond de ressources pour l’obtenir. Un patrimoine confortable ne ferme aucune porte, il augmente seulement la part qui reste à votre charge. Le nombre de familles qui renoncent à déposer un dossier en se disant « on a trop de revenus » est considérable, et c’est une erreur pure.
Ensuite, les sommes versées ne sont jamais récupérées. Ni sur la succession, ni sur une donation, ni si la situation financière s’améliore. L’APA est également exonérée d’impôt sur le revenu et n’a pas à être déclarée. Ce point la distingue nettement de l’aide sociale à l’hébergement, qui, elle, se récupère.
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Le GIR, et pourquoi tout se joue en une heure
Le GIR, pour groupe iso-ressources, mesure le degré de perte d’autonomie sur six niveaux. Le GIR 1 correspond aux situations les plus lourdes, le GIR 6 à une autonomie complète pour les actes essentiels.
Seuls les GIR 1, 2, 3 et 4 ouvrent droit à l’APA. En GIR 5 ou 6, le dossier est refusé, et c’est vers la caisse de retraite qu’il faut se tourner : elle propose ses propres aides, moins connues, souvent plus rapides à obtenir.
Le classement est fait par un membre de l’équipe médico-sociale du département, chez votre parent, au cours d’une visite. Cette personne observe ce qu’il fait seul et ce qu’il ne fait plus seul : s’habiller, se laver, se déplacer, s’orienter dans le temps, se lever la nuit, préparer un repas, gérer un traitement.
Et c’est là que les familles se tirent une balle dans le pied.
Votre mère va se préparer. Elle va mettre le tailleur des grandes occasions, se coiffer, sortir le service à café, répondre « oh, ça va » à chaque question, et raconter qu’elle fait ses courses toute seule alors qu’elle n’y est pas allée depuis février. Ce n’est pas de la triche. C’est de la dignité, et c’est parfaitement compréhensible. Mais le résultat est un GIR 5 et un refus.
Soyez présente à la visite. Prévenez avant : « j’aimerais être là, je vais dire des choses qui ne vont pas te faire plaisir, et je les dis parce que je veux que tu restes chez toi. » Puis parlez en faits datés. Pas « elle décline », mais « elle ne s’est pas douchée seule depuis le 15 juin, je le sais parce que c’est moi qui la douche le samedi ».
L’évaluatrice a l’habitude, elle ne jugera personne, et elle attend exactement ça.
Les montants de 2026
Chaque GIR ouvre droit à un plan d’aide plafonné. Ce sont des maximums mensuels, pas des chèques : le plan réel dépend de ce que l’équipe a jugé nécessaire.
| GIR | Plan d’aide maximum par mois |
|---|---|
| GIR 1 | 2 080,33 € |
| GIR 2 | 1 682,30 € |
| GIR 3 | 1 215,99 € |
| GIR 4 | 811,52 € |
Cette enveloppe répit est le droit le plus ignoré de tout le dispositif. Elle sert à financer un accueil de jour, un hébergement temporaire ou un relais à domicile, et elle s’ajoute au plafond. Demandez-la explicitement, elle n’arrive jamais toute seule dans un plan d’aide.
Ce que vous paierez vraiment
Le département ne verse pas l’intégralité du plan. Une participation reste à la charge du bénéficiaire, calculée sur ses revenus.
En 2026, en dessous de 933,89 € de revenus mensuels, la participation est nulle : le plan est financé en totalité. Entre 933,89 € et 3 439,31 €, elle monte progressivement de 0 à 90 %. Au-delà de 3 439,31 €, elle est de 90 % du plan.
Ces 90 % expliquent beaucoup de déceptions. Pour un parent qui touche 3 800 € par mois, un plan de 800 € laisse 720 € à payer. L’APA couvre alors 80 €, ce qui n’est pas rien mais n’a rien du soulagement espéré.
Deux nuances valent le détour. La participation porte sur le plan, pas sur les dépenses réelles : ce qui reste à votre charge ouvre droit au crédit d’impôt pour l’emploi d’un salarié à domicile, et la moitié revient donc l’année suivante. Et le calcul se fait sur les revenus de la personne aidée, pas sur les vôtres. Vos ressources d’enfant n’entrent jamais dans cette équation, contrairement à ce qui se passe pour l’aide sociale à l’hébergement.
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Le dossier, dans l’ordre
La demande se dépose au conseil départemental, en ligne ou sur papier, avec le formulaire national de demande d’aides à l’autonomie à domicile. Le point d’information local de la commune le remplit avec vous, gratuitement, et c’est le meilleur usage que vous puissiez faire d’une matinée.
Ensuite, le calendrier est réglementé.
- Le département accuse réception du dossier sous dix jours. Si des pièces manquent, il vous le dit à ce moment, et ce délai ne court qu’à partir du dossier complet.
- L’équipe médico-sociale vient à domicile, évalue le GIR et construit une proposition de plan d’aide.
- Le plan vous est envoyé. Vous avez dix jours pour l’accepter ou demander des modifications. Dix jours, pas trois semaines, et l’absence de réponse bloque la suite.
- La décision doit intervenir dans les deux mois qui suivent la réception du dossier complet.
Ces deux mois sont une obligation, pas une intention. Si le délai est dépassé, écrivez au président du conseil départemental, par courrier recommandé, en rappelant la date de l’accusé de réception. Cette lettre débloque plus de dossiers que dix appels téléphoniques.
Les trois erreurs qui coûtent des mois
Attendre d’avoir « vraiment besoin ». Le dossier prend deux mois dans le meilleur des cas, plus si une pièce manque. Déposez-le au premier signe sérieux, pas au premier drame. Un plan d’aide sous-utilisé ne coûte rien, un plan d’aide absent coûte une hospitalisation.
Accepter le plan proposé sans le lire. Le nombre d’heures, leur répartition dans la semaine et le mode d’intervention y figurent. Si l’équipe a prévu deux heures le mardi matin alors que le moment critique est le coucher, dites-le pendant les dix jours. Après, il faut une révision, et une révision reprend du temps.
Oublier de demander une révision quand la situation change. Le plan n’est pas gravé. Une chute, une aggravation, le départ d’un voisin qui passait tous les jours : chacun de ces événements justifie une demande de réévaluation du GIR. Elle se demande par simple courrier au département.
Un mot, enfin, sur ce qui ne marchera pas. Si votre parent refuse la visite, l’APA n’aboutira pas, et aucune démarche administrative ne contournera ce refus. Ce n’est alors plus un problème de dossier, c’est une conversation à avoir, et elle prend parfois des mois.
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Sources
- L'APA à domicile, Pour les personnes âgées, portail national (consulté le 29 août 2026)
- Allocation personnalisée d'autonomie (Apa), Service-Public.fr (consulté le 29 août 2026)
- Tarifs APA au 1er janvier 2026, Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (consulté le 29 août 2026)



