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Prévention des chutes

Audition et vue du parent âgé : s'équiper avec le 100 % Santé, et le garder

Il monte le son de la télévision, fait répéter, rate la dernière marche. On met ça sur le compte de l'âge, et on a tort : l'audition et la vue se corrigent, souvent sans reste à charge. Le plus difficile n'est pas l'achat, c'est que l'appareil soit encore porté six mois plus tard.

Un homme âgé aux cheveux gris attachés, de profil, porte une aide auditive dans l'oreille
Photo : Pexels, Licence Pexels

Le téléviseur est réglé sur 38 quand vous arrivez, et vous le baissez machinalement à 20. Votre père ne dit rien. À table, il répond à côté, puis il arrête de répondre. Le journal reste plié sur la toile cirée parce que « les caractères sont trop petits maintenant ». Et la semaine dernière, il a raté la dernière marche du perron, celle qui est dans l’ombre.

Rien de tout cela n’a l’air grave pris séparément. Mis bout à bout, c’est le portrait d’un homme qui perçoit moins bien le monde autour de lui, et qui commence à s’en retirer.

Ce que l’oreille et l’œil ont à voir avec les chutes

L’Assurance Maladie le dit sans détour dans sa page sur les causes des chutes. La baisse de l’acuité visuelle, liée à un glaucome, une cataracte ou une DMLA, ne permet pas toujours d’éviter les obstacles. La baisse de l’audition, elle, met la personne dans une situation où elle est surprise : un vélo qui arrive par derrière, un chien, une voix qui l’appelle et la fait se retourner trop vite.

La Haute Autorité de santé, dans ses recommandations sur les personnes âgées qui chutent à répétition, range la baisse de l’acuité visuelle parmi les facteurs à rechercher systématiquement, et recommande de corriger ceux qui peuvent l’être. Une paire de lunettes adaptée fait partie de la prévention des chutes, au même titre que la barre d’appui ou le tapis antidérapant.

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L’isolement, et la question du déclin cognitif

Le second effet est plus lent. Quelqu’un qui entend mal fait répéter, puis cesse de faire répéter pour ne pas déranger. Il sourit, il hoche la tête, il décline le prochain repas de famille. L’Inserm relève que chez les personnes de plus de 65 ans, une perte d’audition est associée à un déclin cognitif, et que ce déclin est sans doute lié à un isolement social progressif.

Sur le lien avec la démence, il faut être précis, parce qu’on lit beaucoup de promesses. Un article publié en 2025 dans la revue médecine/sciences par une équipe de l’Inserm fait le point. La commission de la revue The Lancet sur la démence considère la surdité comme le principal facteur de risque modifiable. L’étude française menée sur 62 072 participants de 45 à 69 ans de la cohorte Constances retrouve une association nette : une surdité légère augmente de 10 % la probabilité d’une altération cognitive, une surdité invalidante de 24 %.

Mais les auteurs ne retrouvent pas d’effet significatif du port d’un appareil sur cette association, sauf chez les personnes souffrant de dépression. Ils rappellent qu’un essai randomisé récent n’a pas montré de bénéfice de l’appareillage sur l’évolution cognitive. Et ils soulignent que leur étude ne permet pas d’établir une relation de cause à effet. La surdité pourrait aussi être un signe précoce d’un processus qui touche le cerveau, sans en être la cause.

Ce que cela veut dire pour vous : n’achetez pas un appareil auditif pour « prévenir Alzheimer ». Achetez-le pour entendre, pour parler, pour sortir. Les mêmes auteurs notent que les aides auditives améliorent la qualité de vie et réduisent l’isolement social. C’est déjà une raison suffisante.

Le 100 % Santé pour l’audition

Depuis 2021, une offre d’aides auditives sans reste à charge doit être proposée aux patients qui peuvent en bénéficier. Elle repose sur les appareils dits de classe I.

  • Leur prix est plafonné à 950 € par oreille. L’Assurance Maladie rembourse 60 % d’un tarif de 400 €, et la complémentaire santé prend en charge le reste.
  • Le zéro reste à charge suppose une complémentaire santé dite responsable. Vérifiez le contrat de votre parent avant le rendez-vous.
  • L’audioprothésiste doit proposer au moins une offre 100 % Santé pour chaque oreille à appareiller, sur un devis normalisé.
  • Trente jours d’essai minimum avant l’achat, et quatre ans de garantie.
  • Le renouvellement n’est pris en charge qu’au bout de quatre ans, calculés entre les deux dates de facturation.

Les appareils de classe II sont à prix libre, avec un reste à charge qui dépend de la mutuelle. Pour les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire, l’audioprothésiste doit proposer un appareil à 800 € maximum par oreille.

Le suivi est compris dans le prix : trois séances de contrôle la première année, au 3e, au 6e et au 12e mois, puis deux consultations par an recommandées. Les piles sont remboursées, de trois à dix paquets de six par an selon l’appareil.

Le 100 % Santé pour les lunettes

Le principe est le même. Les verres de classe A sont sans reste à charge, avec un traitement antireflet et un indice de réfraction minimal imposés. Les montures le sont jusqu’à 30 €, et l’opticien doit présenter au moins 35 modèles adultes compatibles. On peut panacher, monture 100 % Santé et verres à prix libre par exemple.

Après 16 ans, le renouvellement est pris en charge tous les deux ans. Il peut intervenir au bout d’un an si la vue a changé, et sans délai en cas de glaucome, de DMLA ou de cataracte évolutive, sur prescription d’un ophtalmologiste. Pour le suivi régulier chez l’ophtalmologiste, pas besoin de passer par le médecin traitant.

Le parcours, étape par étape

Pour l’audition, commencez par le médecin traitant, qui examine et oriente. Le premier appareillage doit être prescrit par un ORL, ou par un médecin généraliste formé en otologie. Les renouvellements, par n’importe quel médecin.

Chez l’audioprothésiste, viennent ensuite les prestations préalables : entretien sur la gêne et les besoins, examen des conduits, mesures de l’audition et de la compréhension. Puis le devis, et l’essai. La délivrance, avec tiers payant sur présentation de la carte Vitale, n’intervient qu’à la fin de cet essai.

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Pourquoi l’appareil finit dans un tiroir

C’est la partie que personne ne raconte au moment de l’achat. Un appareil auditif ne rend pas l’audition d’avant, et il ne se règle pas en une séance. L’Assurance Maladie parle d’une adaptation progressive du réglage, étalée sur la première année. Celui qui l’ignore conclut au bout de quinze jours que « ça ne marche pas », et le range.

La période d’essai et les trois contrôles existent précisément pour éviter ça. Encore faut-il s’en servir.

Faites de l’essai un vrai test. Le repas de famille, le marché, la télévision, le téléphone. Pas seulement le salon silencieux. Notez ce qui gêne, avec la date et la situation, et apportez la liste au contrôle.

Regardez ses mains. Des doigts raides ou tremblants qui n’arrivent pas à changer une pile minuscule, et l’appareil restera sur la table de nuit. Posez la question de la manipulation pendant l’essai, pas après.

Ne lâchez pas les rendez-vous. Un appareil mal réglé siffle ou sature, et il finit rangé. Le suivi est déjà payé, il fait partie du prix.

Une limite, honnêtement : certains n’y arriveront pas, malgré tout cela. Et un appareil ne compense jamais tout, surtout dans le bruit d’une brasserie. Mais entre une audition parfaite et le silence d’un tiroir, il y a beaucoup de repas de famille à regagner.

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Sources

  1. Aides auditives : quelle prise en charge ?, Assurance Maladie (consulté le 1 octobre 2026)
  2. Aide auditive dans le cadre du 100 % Santé, Assurance Maladie (consulté le 1 octobre 2026)
  3. Lunettes et lentilles : quelle prise en charge ?, Assurance Maladie (consulté le 1 octobre 2026)
  4. Fréquence et causes des chutes, Assurance Maladie (consulté le 1 octobre 2026)
  5. Évaluation et prise en charge des personnes âgées faisant des chutes répétées, recommandations, Haute Autorité de santé, Société française de gériatrie et gérontologie (consulté le 1 octobre 2026)
  6. Troubles de l'audition, surdités, Inserm (consulté le 1 octobre 2026)
  7. Surdité, appareils auditifs et cognition, médecine/sciences, Inserm (consulté le 1 octobre 2026)

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