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Rôle d'aidant

Génération club sandwich : aider son parent, ses enfants et ses petits-enfants à 60 ans

La génération sandwich avait deux tranches. Celle-ci en a trois, et elle a passé 60 ans. Aider quatre générations à la fois quand on vieillit soi-même demande d'apprendre une chose que personne ne vous a enseignée : refuser aux deux bouts.

Deux femmes d'une soixantaine d'années assises sur un canapé, chacune avec une petite fille sur les genoux
Photo : Pexels, Licence Pexels

Mercredi, 7 h 45. Vous déposez votre petite-fille à l’école parce que votre fils commence tôt. À 11 h, vous appelez votre mère, 89 ans, pour vérifier que l’infirmière est passée. À 16 h 30, retour à l’école. Entre les deux, un message de votre fille : elle se demande si vous pourriez l’aider pour la caution de son nouvel appartement.

Vous avez 64 ans. Vous êtes à la retraite depuis deux ans, et vous n’avez jamais eu aussi peu de temps.

Trois tranches, et vous au milieu

L’image de la génération sandwich, coincée entre ses parents et ses enfants, ne décrit plus bien votre situation. Les Anglo-Saxons parlent de « club sandwich », du nom du sandwich à plusieurs étages : un parent très âgé au-dessus, des enfants adultes et des petits-enfants en dessous, et vous en tranche centrale, celle qui tient l’ensemble.

L’expression est souvent attribuée à une autrice américaine. Nous n’avons pas pu remonter jusqu’à un texte d’origine encore consultable, alors nous ne l’attribuerons à personne.

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Ce qui est établi, en revanche, c’est la réalité qu’il désigne. Les gens qui ont aujourd’hui 55 à 70 ans ont des parents qui vivent plus longtemps, souvent avec une perte d’autonomie, et des enfants qui s’installent tard, avec des besoins de garde que les crèches ne couvrent pas.

Ce que disent les chiffres

Près d’une personne sur quatre entre 55 et 64 ans se déclare proche aidante. Et l’aide ne s’arrête pas à l’âge de la retraite : selon l’enquête Autonomie 2022 de la DREES, 18 % des proches aidants ont entre 65 et 74 ans, et 10 % ont 75 ans ou plus. Près de trois aidants sur dix sont donc eux-mêmes ce qu’on appelle des seniors.

À l’autre bout, les petits-enfants. La DREES a mesuré qu’environ deux tiers des enfants de moins de 6 ans sont gardés au moins de temps en temps par leurs grands-parents. Rarement comme mode de garde principal, plutôt en complément : la sortie d’école, le dépannage, les vacances. Et le mercredi, qui fait exception, avec des gardes souvent longues. Une réserve : ces données datent de 2013, l’étude a été publiée en 2018. C’est la mesure la plus détaillée que nous ayons trouvée sur les grands-parents, pas la plus récente.

Un détail de cette étude mérite qu’on s’y arrête : ce qui pèse le plus sur la garde régulière par les grands-parents, c’est la proximité des logements et l’activité professionnelle de la mère. Autrement dit, plus vous habitez près, plus on compte sur vous. C’est logique. C’est aussi exactement ce qui vous rend disponible pour votre propre parent, s’il vit dans le même secteur.

Votre santé n’a plus 45 ans

C’est la différence majeure avec la génération sandwich classique. À 45 ans, on s’épuise. À 65, on s’épuise avec un dos, des genoux et parfois un traitement qui n’étaient pas là avant.

Les chiffres de la DREES vont dans ce sens. Parmi les femmes de 60 à 74 ans qui aident un proche, 58,8 % se disent en bon ou très bon état de santé, contre 62,8 % de l’ensemble des femmes du même âge. L’écart est du même ordre chez les hommes. Il n’est pas spectaculaire. Il est constant, à tous les âges.

Le piège est connu : on soigne tout le monde, on reporte ses propres rendez-vous. La mammographie attendra, le cardiologue aussi. Deux démarches simples permettent de reprendre un peu la main.

Mon bilan prévention. L’Assurance Maladie prend en charge à 100 % un rendez-vous de 30 à 45 minutes entre 60 et 65 ans, puis un autre entre 70 et 75 ans. Médecin, infirmier, pharmacien, sage-femme ou kinésithérapeute peuvent le réaliser. Entre 60 et 65 ans, on y aborde l’activité physique, le sommeil, la santé mentale, les dépistages. Entre 70 et 75 ans, le maintien à domicile entre dans la liste. Dites que vous êtes aidante : c’est une information médicale, pas une confidence.

Un vrai bilan de fatigue. Si vous vous reconnaissez dans plusieurs signaux d’épuisement, ne les mettez pas sur le compte de l’âge.

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Dire non, en haut et en bas

Votre génération a souvent été élevée dans une idée simple : on rend à ses parents ce qu’on a reçu, et on donne à ses enfants ce qu’on n’a pas eu. Les deux à la fois, sur quinze ans, avec des forces qui baissent, ça ne tient pas.

Refuser ne veut pas dire tout refuser. Ça veut dire choisir ce que vous faites, et le dire avant qu’on vous le demande.

Avec vos enfants

La garde des petits-enfants est l’endroit où le non est le plus difficile, parce qu’il ressemble à un manque d’amour. Il ne l’est pas. Fixez un cadre, par écrit si nécessaire, et tenez-le.

« Le mercredi, oui, toute l’année. Les vacances, une semaine l’été, pas quatre. Et quand mamie Jeanne est hospitalisée, c’est elle d’abord. »

Ce dernier point mérite d’être dit à froid, un jour où tout va bien. Le jour où votre mère tombe un mardi soir, ce n’est pas le moment de négocier qui ira chercher les enfants le lendemain.

Pour l’argent, même logique. Un prêt ou un don à un enfant adulte se décide en connaissant le coût de l’aide à domicile de votre parent, pas avant.

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Avec votre parent

Vos frères et sœurs ont le même âge que vous, à quelques années près, et souvent les mêmes petits-enfants à garder. Si l’aide repose sur vous parce que vous êtes « celle qui est à la retraite », c’est un mauvais critère. Être retraitée ne veut pas dire être disponible.

Avec vous-même

C’est le non le plus dur. Celui qui consiste à ne pas proposer. Vous voyez votre belle-fille débordée, vous anticipez, vous offrez le samedi avant qu’elle ne le demande. Attendez qu’on vous demande. Si personne ne demande, c’est que ça s’organise sans vous, et c’est une bonne nouvelle.

Ce qui reste à votre disposition

Une limite à reconnaître : la plupart des droits créés pour les aidants sont pensés pour des actifs. Le congé de proche aidant, l’allocation journalière qui va avec, compensent une activité professionnelle qu’on réduit. Retraitée, vous n’êtes plus dans la cible.

Le répit, lui, ne dépend pas de votre statut. Les plateformes d’accompagnement et de répit, environ 220 en France, proposent du temps libéré, un accueil de jour pour votre parent, des groupes d’aidants. Le point d’information local pour personnes âgées, souvent encore appelé CLIC, peut aussi faire le tour des aides auxquelles votre parent a droit, ce qui allège d’autant votre part.

Et une chose que personne ne dit : vous avez aussi le droit de garder les petits-enfants parce que ça vous fait du bien. Pour beaucoup de grands-parents, le mercredi est la meilleure journée de la semaine. Le but n’est pas de tout réduire, mais de garder ce qui vous nourrit et de lâcher ce qui vous vide.

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Sources

  1. 9,3 millions de personnes déclarent apporter une aide régulière à un proche en situation de handicap ou de perte d'autonomie en 2021 (Études et Résultats n° 1255), DREES (consulté le 1 octobre 2026)
  2. Trois aidants sur dix accompagnent seuls leur proche, six sur dix sont en activité ou étudiants (Études et Résultats n° 1358), DREES (consulté le 1 octobre 2026)
  3. Les grands-parents : un mode de garde régulier ou occasionnel pour deux tiers des jeunes enfants (Études et Résultats n° 1070), DREES (consulté le 1 octobre 2026)
  4. « Mon bilan prévention » entre 60 et 65 ans, Assurance Maladie (consulté le 1 octobre 2026)
  5. « Mon bilan prévention » entre 70 et 75 ans, Assurance Maladie (consulté le 1 octobre 2026)
  6. Les plateformes d'accompagnement et de répit, Pour les personnes âgées, portail national (consulté le 1 octobre 2026)

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