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Rôle d'aidant

Génération sandwich : d'où vient le mot, et ce qu'il dit vraiment de vous

Coincée entre des enfants qui ne sont pas encore partis et des parents qui commencent à avoir besoin de vous ? Le mot qui décrit votre situation a 45 ans. Il est né dans une revue de travail social, et ce qu'il disait au départ mérite d'être relu.

Une fillette couronnée de fleurs blanches entre sa mère et sa grand-mère, dans un parc
Photo : Pexels, Licence Pexels

Mardi, 18 h 40, sur le parking du collège. Votre fils de 14 ans a entraînement jusqu’à 19 h, et vous lisez pour la troisième fois le message de l’aide à domicile de votre mère : « elle n’a pas voulu prendre son traitement ce midi ». Vous avez une réunion à 8 h demain. Personne ne vous a demandé votre avis sur l’ordre des priorités.

Cette position a un nom. On la dit « sandwich », et on emploie le mot comme s’il avait toujours existé. Il a pourtant une date de naissance, une autrice, et une intention précise qu’on a un peu perdue en route.

Un mot né en 1981, dans une revue de travail social

En septembre 1981, la revue américaine Social Work publie un article de Dorothy A. Miller, qui enseigne alors au College of Social Work de l’université du Kentucky. Son titre : « The “sandwich” generation: adult children of the aging », soit à peu près « La génération sandwich : les enfants adultes des personnes âgées ». Volume 26, numéro 5, pages 419 à 423.

Le résumé tient en deux idées. La première : les enfants adultes de personnes âgées, pris en étau entre des parents qui vieillissent et leurs propres enfants qui grandissent, subissent un stress considérable. La seconde : ce groupe est devenu le principal soutien des personnes âgées, et il a lui-même besoin de services que les professions d’aide commencent à peine à lui offrir.

C’est la seconde idée qu’on a oubliée.

Miller n’écrivait pas pour plaindre les familles. Elle s’adressait à des travailleurs sociaux, et elle leur disait en substance : ces gens-là sont votre public, pas seulement les vieux parents dont ils s’occupent. Le mot est né comme un appel à soutenir les aidants, pas comme une étiquette pour décrire leur fatigue.

Une précision d’honnêteté. Nous avons lu la notice et le résumé de l’article, pas son texte intégral, qui reste derrière l’accès payant de l’éditeur. Ce que nous en disons ici s’en tient à ce que ces deux documents permettent d’affirmer.

Ce que le mot est devenu

Quarante-cinq ans plus tard, « génération sandwich » est partout : dans la presse, dans les rapports d’entreprise sur les salariés aidants, dans les conversations de machine à café. Le mot a gagné en notoriété ce qu’il a perdu en précision.

Il désigne aujourd’hui à peu près toute personne de 40 à 60 ans qui se sent tirée de deux côtés. C’est commode. C’est aussi un peu trompeur, parce que l’image du sandwich suggère une pression égale et simultanée des deux tranches, ce qui n’est pas la situation la plus courante, on va le voir avec les chiffres.

L’image s’est même déclinée. On parle de génération « club sandwich » quand on se retrouve entre quatre étages à la fois, ses parents, ses enfants devenus adultes et ses petits-enfants, comme les couches superposées du sandwich du même nom.

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En France, la statistique publique a préféré un autre mot. La DREES parle de « génération pivot » et d’« aidants pivots », pour souligner la position centrale de ces personnes dans les solidarités entre générations. Pivot plutôt que garniture : la nuance n’est pas que sémantique.

Le profil français, en chiffres

La DREES a consacré en 2021 un dossier entier à ces aidants pivots, à partir de ses enquêtes CARE menées en 2015 auprès des proches de personnes âgées vivant à domicile.

Le portrait qui en ressort est plus nuancé que l’image d’Épinal.

Ils sont jeunes. La moitié des aidants pivots ont moins de 47 ans, quand la moitié des autres enfants aidants ont plus de 59 ans. Les trois quarts ont un emploi : 74 %, contre 45 % des autres enfants aidants, souvent déjà retraités. Les femmes y sont un peu plus nombreuses, 61 % contre 58 %.

Et 29 % de ceux qui travaillent déclarent avoir dû aménager leur vie professionnelle à cause de l’aide apportée : changer d’horaires, prendre des congés, renoncer à une promotion, parfois anticiper un départ en retraite.

Voici maintenant la donnée qui change la lecture. Les parents qu’ils aident sont eux aussi plus jeunes, la moitié ont moins de 78 ans, et 80 % sont faiblement dépendants, classés en GIR 5 ou 6. Les aidants pivots sont aussi moins souvent seuls que les autres : 28 % sont l’unique proche aidant, contre 34 % des autres enfants aidants.

Autrement dit, le moment sandwich correspond le plus souvent au début de la perte d’autonomie, pas à sa phase la plus lourde. Ce n’est pas une raison de le minimiser. C’est une raison de s’en servir : c’est la période où l’on peut encore organiser les choses à froid, avant que l’urgence ne décide à votre place.

Une limite, qu’il faut dire : ces chiffres décrivent l’année 2015. Les données plus récentes de l’enquête Autonomie 2022 de la DREES ne refont pas ce découpage précis, mais elles donnent le cadre général. On compte 7,1 millions de proches aidants en France, âgés de près de 53 ans en moyenne, à 58 % des femmes, et 35 % d’entre eux aident un parent.

Deux émissions pour l’entendre autrement

Les chiffres disent l’ampleur. Ils ne disent pas ce que ça fait de courir de l’école à l’hôpital dans la même après-midi. Deux émissions de Radio France le racontent mieux qu’un tableau, et elles valent l’heure et quart qu’elles vous demanderont à elles deux.

Le format des Pieds sur terre est celui du témoignage brut, sans commentaire en surplomb. C’est sa force : vous y entendrez probablement des phrases que vous avez déjà prononcées.

Celle-ci est plus pratique, avec des médecins en plateau. Écoutez-la de préférence la première, si vous cherchez des repères ; gardez la seconde pour le soir où vous aurez besoin de vous sentir moins seule.

Ce que ni l’une ni l’autre ne peut faire à votre place : regarder votre propre situation avec les bons outils. C’est l’objet des articles qui suivent.

La série génération sandwich

Nous avons consacré une série entière à cette position. Chaque article traite un seul sujet, pour que vous puissiez aller directement à celui qui vous concerne cette semaine.

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Quatre générations à la fois :

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Sources

  1. The 'Sandwich' Generation: Adult Children of the Aging (Social Work, vol. 26, n° 5, septembre 1981, p. 419-423), ERIC, Institute of Education Sciences (consulté le 1 octobre 2026)
  2. Aider son parent âgé en ayant des enfants à charge. Quelle est la situation de cette « génération pivot » ? (Les Dossiers de la DREES n° 83), DREES (consulté le 1 octobre 2026)
  3. Trois aidants sur dix accompagnent seuls leur proche, six sur dix sont en activité ou étudiants (Études et Résultats n° 1358), DREES (consulté le 1 octobre 2026)
  4. Génération sandwich : les aidants (Les pieds sur terre), France Culture (consulté le 1 octobre 2026)
  5. Comment accompagner ses parents quand ils vieillissent ? (Grand bien vous fasse), France Inter (consulté le 1 octobre 2026)

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