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Mémoire et troubles cognitifs

Nuits agitées : quand votre parent ne dort plus, et vous non plus

Il se lève à 3 h, cherche ses clés, veut partir au travail. Ou elle dort à 20 h et s'inquiète d'être réveillée à 5 h. Tout ne relève pas de l'insomnie, et le somnifère est rarement la réponse. Vos nuits à vous comptent aussi.

Un homme aux cheveux gris, en tee-shirt et pantalon de pyjama, assis au bord de son lit défait, sous la lumière d'une lampe de chevet
Photo : Pexels, Licence Pexels

Le téléphone a sonné à 2 h 40. C’était votre père, habillé, manteau sur le dos, qui ne comprenait pas pourquoi la porte d’entrée était fermée à clé alors qu’il devait « passer au bureau ». Il a pris sa retraite il y a dix-neuf ans. Vous avez parlé un quart d’heure, il s’est recouché. Vous, non. Et le lendemain, au travail, vous avez relu trois fois le même courriel.

Les nuits d’un parent âgé deviennent vite les nuits de toute la famille. Avant de chercher une solution, il faut trier ce qu’on observe, parce que tout n’a pas la même cause ni la même réponse.

Ce qui change avec l’âge, et qui n’est pas une maladie

Le sommeil vieillit, comme le reste. L’Inserm l’explique par deux mécanismes : le sommeil lent profond laisse peu à peu la place à un sommeil plus léger, et la production de mélatonine, l’hormone qui déclenche l’endormissement, devient moins efficace.

Concrètement, l’Assurance Maladie décrit ce sommeil de personne âgée : on s’endort tôt, dès le début de soirée, et on se réveille tôt. Le sommeil est plus léger, souvent fragmenté, avec l’impression d’être éveillé plusieurs fois par nuit. La nuit raccourcit, et une ou deux siestes deviennent nécessaires.

Votre mère qui « ne dort plus » parce qu’elle se couche à 20 h 30 et ouvre les yeux à 4 h 30 a peut-être dormi huit heures. Comme ce sommeil est morcelé et léger, une personne âgée peut se croire insomniaque alors que son sommeil est normal pour son âge. L’Assurance Maladie le dit en ces termes, et c’est un point qui évite bien des somnifères.

L’insomnie, elle, se juge au lendemain : une nuit qui laisse fatigué, somnolent, irritable, avec des difficultés de concentration. Elle devient chronique au-delà de trois nuits par semaine pendant plus de trois mois.

Quand le sommeil se dérègle vraiment

Certaines causes se cherchent, et se traitent. L’Assurance Maladie cite la dépression et l’anxiété, les douleurs, l’apnée du sommeil. France Alzheimer ajoute les troubles urinaires : une vessie qui réveille deux fois par nuit relève d’une consultation à part entière.

L’apnée du sommeil mérite une attention particulière. La HAS range parmi les erreurs à éviter le fait de négliger ses signes : ronflements sonores, somnolence dans la journée, maux de tête au réveil. Une personne qui ronfle fort et s’endort devant le journal de 13 h doit en parler à son médecin. Et c’est justement une situation où les benzodiazépines sont contre-indiquées.

L’agitation du soir, chez une personne qui a des troubles de la mémoire

C’est le tableau le plus déroutant, et souvent le plus épuisant. France Alzheimer décrit plusieurs formes, qu’on retrouve parfois toutes chez la même personne.

Le syndrome crépusculaire, d’abord. En fin de journée, l’agitation monte : irritabilité, peur, besoin d’être rassuré, confusion. Le passage du jour à la nuit efface les repères, et ce qui tenait à 15 h ne tient plus à 18 h.

Puis les réveils nocturnes avec désorientation. La personne se lève, allume, ouvre les portes, croit qu’il est l’heure de commencer la journée, d’aller travailler, de chercher les enfants à l’école. La déambulation nocturne est souvent liée à l’anxiété, à un besoin de se rassurer.

Et parfois l’inversion complète : dormir le jour, veiller la nuit. France Alzheimer la décrit comme particulièrement épuisante pour les proches et difficile à corriger. Il faut le savoir pour ne pas se reprocher de ne pas y arriver.

Face à un parent qui veut partir travailler à 3 h, le réflexe est d’avoir raison. « Tu es à la retraite depuis vingt ans. » Cela ne marche presque jamais, et cela fait monter l’angoisse. France Alzheimer conseille l’inverse : ne pas contredire de front, rassurer, rediriger. « On le fera demain. Maintenant, il est temps de dormir. » La douceur est souvent plus efficace que la logique, en particulier la nuit.

La nuit, le risque n’est pas l’insomnie, c’est la chute

Un parent qui se lève dans le noir, à moitié réveillé, sur le trajet du lit aux toilettes, est un parent qui peut tomber. Si en plus il a pris un somnifère, le risque augmente nettement : l’Assurance Maladie cite, pour les benzodiazépines, un risque accru de chute et de fracture du col du fémur.

Les mesures simples sont les plus utiles. Une lumière douce dans le couloir et les toilettes, recommandée aussi par France Alzheimer. Un chemin dégagé. Des chaussons fermés au pied du lit. Pour une personne qui déambule, France Alzheimer évoque une alarme douce d’ouverture de porte, et de mettre hors de portée les clés et les objets dangereux. Sécuriser sans surveiller : la nuance compte pour la personne.

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Somnifères et benzodiazépines : ce que dit la HAS

Ce sont les médicaments les plus demandés par les familles épuisées, et on le comprend. Le constat de la HAS est pourtant sans appel.

En face de ce gain modeste, la liste des risques est longue. Chez la personne âgée, la HAS souligne l’exposition aux chutes, aux altérations cognitives, aux accidents de la route. Les troubles de la mémoire, la baisse de vigilance, les troubles du comportement font partie des effets indésirables principaux. L’Assurance Maladie ajoute les fausses routes et la perte d’autonomie. Et de manière générale, la HAS ne recommande pas les benzodiazépines chez les personnes qui ont un trouble cognitif.

Les règles, quand une prescription est faite : la dose la plus faible, pas plus de quatre semaines pour un trouble du sommeil, et chez la personne âgée une posologie souvent réduite de moitié. Le cumul de plusieurs médicaments sédatifs est à proscrire : il n’ajoute pas d’effet, il multiplie les risques.

Reste la situation la plus fréquente : un parent qui prend son comprimé depuis dix ans. On n’arrête jamais une benzodiazépine brutalement. L’arrêt se fait progressivement, sur quelques semaines à plusieurs mois, avec le médecin traitant. La HAS reconnaît que ce comprimé fait parfois partie d’un équilibre, presque d’un mode de vie, et qu’il faut en peser avec la personne les avantages et les risques. Une simple baisse de dose est déjà considérée comme un résultat.

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Ce qui marche sans comprimé

La HAS le pose comme objectif chez la personne âgée : favoriser l’éveil dans la journée, l’activité physique ou intellectuelle, et un rythme régulier, avec un coucher retardé. Le traitement non médicamenteux est à privilégier.

Traduit en journée type :

  • de la lumière naturelle le matin, et une sortie, même courte ;
  • une sieste en début d’après-midi, courte : la HAS conseille d’éviter les siestes de plus d’une heure ou après 16 h ;
  • de l’exercice dans la journée, plutôt pas après 17 h ;
  • pas de café ni de thé après 16 h, et un dîner léger ;
  • un coucher plus tardif. C’est contre-intuitif, et c’est pourtant ce que la HAS recommande pour les personnes âgées : se coucher à 20 h, c’est se réveiller à 4 h.

Pour l’agitation du soir, France Alzheimer propose des activités calmes en fin de journée, de la musique douce, une lecture à voix haute, la chambre préparée ensemble comme un rituel. Ces conseils ne marchent pas tous, ni tous les soirs. Ils n’exposent en revanche à aucun des risques d’un somnifère.

Et vous, qui ne dormez plus

Un aidant qui se lève deux fois par nuit depuis six mois finit par ne plus être en état d’aider. France Alzheimer parle des troubles du sommeil du malade comme d’un facteur d’épuisement considérable pour les proches. Ce n’est pas une faiblesse de votre part.

Des relais de nuit existent, recensés par le ministère des Solidarités dans son guide sur le répit.

La garde itinérante de nuit : des passages courts, souvent d’une demi-heure, entre 20 h et 7 h environ, programmés ou en urgence. Aide au coucher, surveillance des médicaments, simple présence. C’est payant, mais l’APA peut y contribuer. Quand c’est un service de soins infirmiers à domicile de nuit qui intervient, l’Assurance Maladie prend la prestation en charge.

L’accueil de nuit, en EHPAD ou en résidence autonomie : votre parent y passe la nuit, du dîner au petit-déjeuner, et rentre chez lui le matin. L’APA peut aider à couvrir le reste à charge.

Ces solutions n’existent pas partout, et c’est la limite honnête de ce paragraphe : selon votre département, il peut n’y avoir ni l’une ni l’autre. Le CLIC, le CCAS ou la plateforme d’accompagnement et de répit savent ce qui existe près de chez votre parent.

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Sources

  1. Insomnie de l'adulte et troubles du sommeil : définition, facteurs favorisants et conséquences, Assurance Maladie (consulté le 1 octobre 2026)
  2. Traitement de l'insomnie, Assurance Maladie (consulté le 1 octobre 2026)
  3. Quelle place pour les benzodiazépines dans l'insomnie ?, Haute Autorité de santé (consulté le 1 octobre 2026)
  4. Sommeil, dossier d'information, Inserm (consulté le 1 octobre 2026)
  5. Alzheimer et troubles du sommeil : mieux comprendre pour mieux accompagner, France Alzheimer (consulté le 1 octobre 2026)
  6. Besoin de répit : 17 fiches-repère pour les aidants, Ministère du Travail et des Solidarités (consulté le 1 octobre 2026)
  7. Besoin de répit : 17 fiches-repère (guide complet, PDF), Direction générale de la cohésion sociale (consulté le 1 octobre 2026)

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