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Mémoire et troubles cognitifs

Polymédication : quand l'ordonnance de votre parent ne cesse de s'allonger

Une ordonnance s'allonge rarement d'un coup. Un comprimé pour la tension, un autre pour dormir, un troisième contre les effets du deuxième. Au bout de dix ans, plus personne n'a vue d'ensemble. Voici comment la reconstituer, et qui peut alléger la liste.

Des mains sortent des comprimés de leurs plaquettes sur une table en bois, à côté d'un pilulier rond encore vide
Photo : Pexels, Licence Pexels

Sur la table de la cuisine, il y a une boîte à chaussures. Dedans, des boîtes de médicaments entamées, trois ordonnances de trois médecins différents, un tube de comprimés effervescents acheté sans ordonnance l’hiver dernier. Votre mère sait à peu près ce qu’elle prend le matin. Le soir, c’est plus flou. Et depuis quelques mois, elle a des vertiges en se levant.

Personne n’a rien fait de mal. C’est justement le problème : une ordonnance s’allonge par petites décisions raisonnables, chacune prise par un médecin qui ne voit qu’une partie du tableau.

Un risque qui se compte en hospitalisations

On parle de iatrogénie médicamenteuse pour désigner l’ensemble des effets indésirables provoqués par un ou plusieurs médicaments. Le mot est technique. Ses conséquences ne le sont pas : l’Assurance maladie cite aussi bien la simple fatigue que l’hémorragie digestive, voire la fracture de la hanche.

La polymédication n’a rien d’exceptionnel. En France, une personne sur deux âgée de 65 ans et plus prend plus de cinq molécules délivrées au moins trois fois dans l’année, et 14 % en prennent plus de dix, selon l’Assurance maladie. Or chaque nouvelle spécialité ajoutée à une prescription augmente de 12 à 28 % la probabilité d’un effet indésirable.

La HAS insiste sur un point : la plupart de ces événements sont évitables. Ils viennent d’un défaut de surveillance, d’information ou de coordination entre prescripteurs, pas d’une fatalité liée à l’âge.

Pourquoi l’âge aggrave-t-il les choses ? Les reins et le foie éliminent moins bien, les médicaments s’accumulent d’une prise à l’autre. La sensation de soif diminue, et une déshydratation modifie la concentration des produits dans le sang. L’équilibre devient fragile : un lever trop brusque provoque un vertige, et un médicament qui perturbe l’équilibre suffit à le transformer en chute.

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Le réflexe à adopter : penser médicament devant tout nouveau symptôme

C’est la consigne la plus utile de cet article, et elle vient directement de la HAS : tout nouveau symptôme chez une personne âgée doit faire évoquer un effet indésirable médicamenteux.

Une confusion qui s’installe en quelques jours. Une chute sans raison apparente. Une somnolence en début d’après-midi, une constipation tenace, un appétit qui disparaît. Avant de conclure à « l’âge » ou au début d’une maladie de la mémoire, regardez ce qui a changé sur l’ordonnance dans les semaines précédentes.

La sortie d’hôpital mérite une vigilance particulière. La HAS la désigne comme un moment où le risque iatrogène augmente : des traitements sont arrêtés, d’autres ajoutés, et l’ancienne ordonnance reste parfois dans le tiroir, prête à être reprise par habitude.

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Deux familles de médicaments à surveiller de près

Les somnifères et anxiolytiques de la famille des benzodiazépines

L’ANSM est claire : chez les personnes âgées, les benzodiazépines peuvent provoquer des effets indésirables graves, en particulier des chutes et des troubles cognitifs. L’agence recommande aux prescripteurs d’éviter d’en initier chez ces patients et, quand c’est nécessaire, de diviser la dose par deux par rapport à un adulte plus jeune.

Leur durée de prescription est en principe limitée, à quatre semaines pour les somnifères et douze semaines pour les anxiolytiques, selon la HAS. Dans les faits, beaucoup de personnes âgées en prennent depuis des années, parce que le traitement a été renouvelé sans être réévalué.

Les médicaments aux effets anticholinergiques

Le nom ne dit rien à personne, et c’est pour cela qu’il faut le connaître. La HAS les décrit comme des facteurs déclenchants majeurs de confusion chez les personnes âgées, surtout quand elles ont déjà des troubles cognitifs, même légers.

On les trouve dans des classes très différentes. Certains antidépresseurs anciens. Des médicaments de l’incontinence urinaire comme l’oxybutynine. Des antihistaminiques comme l’hydroxyzine. Des sirops contre la toux comme l’oxomémazine. Et plusieurs peuvent se retrouver sur la même ordonnance, prescrits par des médecins différents qui ne se sont pas parlé.

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D’autres classes figurent sur la liste des médicaments à risque de l’Assurance maladie : diurétiques, antihypertenseurs, anticoagulants, antalgiques. La HAS les décrit comme des médicaments usuels dont on peut rarement se passer, tout en notant qu’ils sont responsables de la majorité des effets indésirables. Ce ne sont pas des médicaments à fuir. Ce sont des médicaments à réévaluer.

Le bilan partagé de médication, en pharmacie

Peu de familles le connaissent, alors qu’il est fait pour elles.

Le bilan partagé de médication s’adresse aux patients de plus de 65 ans qui ont une ou plusieurs maladies chroniques et au moins cinq molécules prescrites pour six mois ou plus. C’est le pharmacien qui le réalise, en lien avec le médecin traitant. La personne est libre d’accepter ou non.

Il se déroule en plusieurs temps :

  • un entretien de recueil, où le pharmacien recense tout ce que la personne prend, avec ou sans ordonnance, et la façon dont elle le prend ;
  • une analyse des traitements, interactions comprises, dont les conclusions partent chez le médecin traitant et sont enregistrées dans le dossier médical partagé ;
  • un entretien-conseil où le pharmacien explique ce qu’il a trouvé et remet un plan de prise ;
  • des entretiens de suivi ensuite.

Pour le premier rendez-vous, il faut apporter les ordonnances en cours, les dernières analyses de sang et toutes les boîtes, y compris celles achetées sans prescription. La boîte à chaussures, donc. Si vous pouvez vous libérer, accompagnez votre parent : vous savez souvent mieux que lui ce qu’il prend vraiment le soir.

Côté coût, la prestation est facturée par la pharmacie en tiers payant. L’Assurance maladie la prend en charge à 70 %, et à 100 % quand les traitements relèvent d’une affection de longue durée. Demandez au pharmacien comment la part restante est réglée dans votre cas.

Une limite à connaître : les résidents d’Ehpad n’y sont pas éligibles sous cette forme, une version adaptée existe pour eux.

La réévaluation avec le médecin traitant

Le pharmacien analyse et propose. Le médecin décide. L’Assurance maladie rappelle que l’ajout d’un médicament au traitement habituel ne peut être décidé que par le médecin traitant, et recommande de faire régulièrement le bilan du traitement avec lui pour réévaluer l’intérêt de chaque médicament.

Concrètement, demandez une consultation dédiée, pas un renouvellement glissé entre deux sujets. Venez avec la liste complète. Posez trois questions simples pour chaque ligne : pourquoi ce médicament, depuis quand, et que se passerait-il si on l’arrêtait ? Signalez aussi les changements de vie : un somnifère peut parfois laisser la place à une meilleure hygiène de sommeil, selon l’Assurance maladie.

Tout ne s’allégera pas, et c’est normal. L’objectif n’est pas de vider l’ordonnance mais de n’y garder que ce qui sert encore.

Ne jamais arrêter seul

C’est la tentation quand on découvre qu’un médicament est « à risque » : le supprimer dès le lendemain. Ne le faites pas.

L’ANSM le dit sans détour : on n’interrompt pas un traitement brutalement de sa propre initiative. Pour les benzodiazépines, la HAS prévoit un arrêt progressif, sur quatre à dix semaines le plus souvent, avec des consultations rapprochées. La baisse progressive des doses réduit le risque d’effets liés au sevrage, que l’arrêt brutal fait courir.

L’erreur inverse existe aussi. L’ANSM met en garde contre la reprise automatique d’un médicament déjà prescrit, sans avis médical. La vieille boîte de somnifères retrouvée dans la salle de bains en fait partie.

Le pilulier et l’organisation au quotidien

Un pilulier hebdomadaire, préparé le dimanche, évite une bonne partie des oublis et des doubles prises. L’Assurance maladie le recommande pour les prises routinières. L’ANSM ajoute que le pharmacien ou un proche peut le préparer si besoin.

Quelques règles complémentaires, toutes tirées des recommandations de l’ANSM et de l’Assurance maladie. Garder les médicaments dans leur boîte d’origine, pour pouvoir les identifier. Ne pas écraser un comprimé ni ouvrir une gélule sans avoir demandé au pharmacien. Éviter l’automédication, même pour un rhume. Montrer la liste complète à chaque professionnel consulté, dentiste compris.

Si la préparation devient trop lourde, ou si votre parent oublie malgré le pilulier, le médecin peut prescrire le passage d’un infirmier à domicile, qui gère le stock, administre le traitement et repère les effets indésirables.

Le pilulier a ses limites. Il ne corrige pas une ordonnance mal construite, et il ne sert à rien si votre parent le remplit lui-même en se trompant de case. Il vient après la réévaluation, pas à sa place.

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Sources

  1. Comment améliorer la qualité et la sécurité des prescriptions de médicaments chez la personne âgée ?, Haute Autorité de santé (consulté le 1 octobre 2026)
  2. Prévention du risque iatrogénique : l'essentiel, Assurance Maladie (consulté le 1 octobre 2026)
  3. Médicaments après 65 ans : la iatrogénie médicamenteuse, Assurance Maladie (consulté le 1 octobre 2026)
  4. Le bilan partagé de médication : l'accompagnement pharmaceutique des patients âgés polymédiqués, Assurance Maladie (consulté le 1 octobre 2026)
  5. Accompagnement pharmaceutique : synthèse des consignes et aide à la facturation, Assurance Maladie (consulté le 1 octobre 2026)
  6. Le rôle des autres professionnels de santé et des aidants dans l'accompagnement des patients, Assurance Maladie (consulté le 1 octobre 2026)
  7. Bon usage des benzodiazépines, ANSM (consulté le 1 octobre 2026)
  8. Arrêt des benzodiazépines et médicaments apparentés : démarche du médecin traitant en ambulatoire, rapport d'élaboration, Haute Autorité de santé (consulté le 1 octobre 2026)
  9. Confusion aiguë chez la personne âgée : prise en charge initiale de l'agitation, recommandations, Haute Autorité de santé (consulté le 1 octobre 2026)
  10. Bon usage des médicaments chez les personnes âgées, ANSM (consulté le 1 octobre 2026)

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