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Mémoire et troubles cognitifs

Troubles de la mémoire : ce qui est normal, et quand consulter

Entre l'oubli bénin de l'âge et le premier signe d'une maladie, la frontière existe et elle est assez nette. Encore faut-il savoir ce qu'on regarde, et comment en parler à quelqu'un qui ne veut surtout pas savoir.

Un homme âgé en consultation face à une médecin qui prend des notes
Photo : Pexels, Licence Pexels

Elle a cherché le mot « passoire » pendant dix secondes, dimanche, et vous avez senti votre ventre se serrer. Puis elle l’a retrouvé, elle a ri, et vous avez ri aussi. Sauf que depuis, vous comptez. Le rendez-vous chez le dentiste oublié deux fois. La question posée trois fois dans le même après-midi. Les clés dans le réfrigérateur, dont tout le monde a fait une blague.

Vous cherchez une frontière. Elle existe, elle est décrite, et elle est plus simple à repérer qu’on ne le croit.

Ce qui n’est pas inquiétant

La Haute Autorité de santé le dit très clairement dans son parcours de soins, et je reprends ses termes parce qu’ils rassurent beaucoup de gens.

Avec l’âge, il est fréquent de rencontrer quelques difficultés pour retrouver rapidement le nom d’une personne, d’un lieu ou d’une date, puis de les retrouver quelques minutes plus tard. Il n’est pas anormal de noter les choses de la vie quotidienne pour ne pas les oublier.

Deux critères font de ces oublis des oublis bénins. Le mot ou l’information finit par revenir. Et surtout, cela n’a pas de retentissement sur la vie quotidienne.

Votre mère qui écrit une liste avant d’aller au marché ne compense pas une maladie. Elle fait ce que font les gens organisés, avec quarante ans d’avance sur vous.

Ce qui doit faire consulter

La HAS nomme trois exemples, et ils sont d’un autre ordre :

  • se perdre sur un itinéraire connu ;
  • oublier le nom d’un proche ;
  • faire des « bêtises » à domicile.

Ce dernier point mérite une traduction, parce que le mot est doux et la réalité moins. Une casserole laissée sur le feu. Le gaz ouvert sans flamme. Le même médicament pris deux fois. Le chauffage à 30 °C en juin. Ce sont ces épisodes-là qui doivent déclencher le rendez-vous, pas les mots manquants.

Le signe que les familles voient en premier sans le comprendre

Voici l’élément le plus utile de tout cet article, et celui que je répète le plus souvent en consultation.

La plainte de mémoire n’est pas toujours le premier signe. Les troubles cognitifs sont souvent précédés d’un changement de comportement, de caractère ou de personnalité, remarqué par l’entourage bien avant que quiconque parle d’oublis.

Concrètement, cela ressemble à ceci. Votre père, qui était patient, devient irritable pour un rien. Votre mère, qui organisait les repas de famille, ne répond plus au téléphone et annule tout. Quelqu’un de méticuleux laisse le courrier s’empiler. Quelqu’un de prudent fait un achat absurde. Une personne sociable cesse de sortir.

Les familles interprètent presque toujours cela comme un caractère qui s’aigrit, une dépression, un deuil mal digéré, parfois une brouille. Elles ont raison de le remarquer et souvent tort sur la cause. Si vous devez retenir une seule phrase, prenez celle-ci : un changement de personnalité chez une personne âgée est un motif de consultation, au même titre qu’une douleur.

Avant de conclure au pire

Un point d’équilibre, parce que je ne voudrais pas déclencher des paniques inutiles.

Un certain nombre de situations produisent des troubles de la mémoire, de la confusion ou une baisse de la vigilance sans qu’il y ait de maladie neurodégénérative. Une déshydratation, par exemple, donne exactement ce tableau chez une personne âgée, et elle se corrige en quelques jours. Un trouble du sommeil, une douleur chronique mal traitée, un épisode dépressif, une infection, un traitement mal toléré peuvent faire la même chose.

C’est précisément pour cela que la démarche commence par le médecin traitant et par un examen clinique et paraclinique, et pas par une recherche sur internet à deux heures du matin.

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Amener son parent à consulter

C’est la partie difficile, et la HAS la décrit avec une justesse qui m’a frappé : le patient peut être distant, voire hostile lors de la consultation, surtout si celle-ci a été à l’initiative de la famille et lui a été imposée.

Autrement dit, la façon dont le rendez-vous est amené détermine en partie ce qui se passera dedans.

Quelques principes, tirés de ce que je vois marcher.

Ne prenez pas le rendez-vous en cachette. Un parent conduit chez un médecin sous un prétexte se sent piégé, et il le reste pendant des mois. La confiance perdue à ce moment-là coûte plus cher que les semaines gagnées.

Passez par le bilan général plutôt que par la mémoire. « Tu n’as pas vu le docteur depuis un an, je voudrais qu’on fasse le point sur tout : la tension, les analyses, la vue, l’audition, les médicaments. » Ce n’est pas un mensonge, c’est exactement ce que fera le médecin, et la mémoire arrive dans le lot.

Parlez de ce qui l’ennuie, lui. La fatigue, le sommeil, le vertige au lever, le fait de ne plus avoir envie de rien. Les gens acceptent de consulter pour un symptôme qui les gêne, rarement pour un symptôme qui gêne leurs enfants.

Écrivez au médecin avant. Une lettre remise à l’accueil ou un courriel au secrétariat, avec les faits datés que vous avez observés. Le médecin les aura en tête sans que vous ayez à les énoncer devant votre parent, ce qui évite la scène du cabinet où la fille détaille les défaillances de sa mère pendant que celle-ci regarde ses mains.

Proposez d’y aller ensemble, et acceptez de sortir. Une partie de la consultation se fait avec l’entourage, une autre sans lui. C’est normal et c’est utile.

Ce qui se passe en consultation mémoire

Le médecin traitant oriente, quand il le juge nécessaire, vers une consultation mémoire. Il en existe environ 400 en France en milieu hospitalier, auxquelles s’ajoutent des spécialistes libéraux : neurologues, gériatres, psychiatres, et médecins généralistes titulaires d’une capacité de gérontologie.

Le bilan associe un entretien avec la personne et avec un proche, une évaluation de la mémoire et des autres fonctions cognitives, et une appréciation du retentissement sur la vie quotidienne. Le médecin cherche la date et le mode d’installation des troubles, ce qui explique pourquoi la présence d’un proche compte autant : c’est vous qui savez que ça a commencé après l’hiver 2024.

Des tests standardisés sont utilisés, dont le MMSE, un questionnaire coté sur 30 points. D’autres épreuves plus brèves existent, comme le test des cinq mots ou le test de l’horloge. Un bilan complémentaire peut être demandé, imagerie cérébrale et analyses biologiques, pour objectiver certaines atrophies et écarter d’autres causes.

Trois choses qu’il faut savoir avant d’y aller.

Une seule consultation ne suffit pas toujours. Il arrive que plusieurs rendez-vous soient nécessaires pour objectiver un trouble et en déterminer la cause. Ce n’est pas un signe d’incompétence, c’est la nature du diagnostic.

Les conclusions repartent vers le médecin traitant, qui reprend ensuite la main, y compris sur l’accompagnement de l’annonce, pour la personne comme pour son entourage.

Quand la situation est complexe ou atypique, les consultations mémoire s’appuient sur les centres mémoire de ressources et de recherche, implantés dans les centres hospitalo-universitaires, qui apportent une expertise pour les diagnostics difficiles.

Pourquoi un diagnostic sert à quelque chose

Beaucoup de gens m’opposent la même objection, et elle est légitime : à quoi bon nommer une maladie qu’on ne guérit pas ?

À quatre choses, au moins.

Écarter ce qui se soigne. C’est la première raison, et elle justifie à elle seule la démarche.

Ouvrir des droits. Un diagnostic permet la déclaration en affection de longue durée, et il conditionne l’accès à un accompagnement organisé, dont des interventions de réhabilitation à domicile par des équipes spécialisées.

Décider pendant qu’on peut encore décider. C’est le point que les familles regrettent le plus de ne pas avoir anticipé. Une procuration, un mandat de protection future, le choix du lieu de vie, les directives anticipées : tout cela se prépare tant que la personne est en capacité de vouloir. Après, ce sont les enfants qui décident à sa place, devant un juge, dans l’urgence.

Comprendre ce qui se passe. Une famille qui sait cesse de s’épuiser à corriger, à reprendre, à rappeler les dates. Cela ne rend pas la situation plus légère. Cela supprime la colère, et c’est déjà beaucoup.

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Trouver une consultation près de chez vous

Le passage par le médecin traitant reste la voie normale, et la plus rapide, parce que c’est lui qui sait quelle structure du secteur prend des rendez-vous dans des délais raisonnables.

Pour préparer la conversation, un annuaire national des consultations mémoire et des dispositifs d’accompagnement est tenu par la Fondation Médéric Alzheimer. Le point d’information local pour les personnes âgées de la commune connaît également les structures du territoire.

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Une dernière remarque, pour celles qui liront cet article en se demandant si elles exagèrent. Vous ne portez pas un diagnostic en notant ce que vous observez. Vous apportez à un médecin la seule information qu’il ne peut obtenir nulle part ailleurs : ce que votre parent était il y a deux ans.

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Sources

  1. Parcours de soins des patients présentant un trouble neurocognitif : démarche diagnostique en médecine générale, Haute Autorité de santé (consulté le 8 juillet 2026)
  2. Les consultations mémoire, Pour les personnes âgées, portail national (consulté le 8 juillet 2026)
  3. Bilan mémoire et traitement des troubles de la mémoire, Assurance Maladie (consulté le 8 juillet 2026)

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